Et que faut-il écrire ? Que faut-il écrire aujourd'hui ? Que faut-il écrire maintenant ? Tout de suite ? Que faut-il écrire et comment ? Est-ce que cela ne sera finalement qu'un exercice de commentaire ? Comme le support sur lequel j'écris en génère tant ? Est-ce que nous sommes condamné à ne pouvoir écrire qu'à propos des choses que nous imaginons connaître ? Je voudrais trouver de quoi écrire, matière à écrire, sujets ou thématique à écrire. Mais je dois me rendre à l'évidence : Je suis dans une problématique d'écrire. Car j'ai un problème ou plutôt, mon existence est fragmentée en problèmes. Je vois beaucoup de gens qui ont leur sujet de prédilection et qui écrivent et vendent de l'écrit ou se font commander de l'écrit. C'est peut être pour vendre une came, ou bien pour nourrir une autopromotion; peu importe. S'ils arrivent à écrire sur tel ou tel sujet, sans trop "ramer", c'est qu'ils ont la chance d'éprouver encore un phénomène que je suis en train d'oublier : Ils arrivent encore à bander ou cherchent encore à bander. Je le dis grossièrement, mais je ne dis rien de nouveau et si j'avais voulu parler des peintres; c'eut été encore plus dégueulasse; car les peintres sont les pires des dégueulasses parmi les artistes.
Mon problème est donc que les sujets dominants, étalés dans les journaux ou sur les premiers rangs du peloton d'exécution des Fnac, ne me passionnent pas vraiment.
Comment les parisiens arrivent-ils à bander ? Avec tous ces textes moralisants et ces thèmes redondants ? Pourquoi faut-il autant de bouquin sur l'islam en France, sur l'écologie, sur l'immigration ou d'autres thèmes que nous voyons partout et donc nulle part ? Ces espèces de sujets imposés comme des pièces du feuilleton imposé ?
Comment font-ils pour se supporter, pour ne pas étouffer ou finir dans des hôpitaux de jour, avec toutes ces sujets écrits et lus depuis 20 ans et qui n'ont jamais servis à rien d'autre, qu'à commettre toujours plus d'erreurs sur les sujets en question ?
J'ai l'impression que les intellos parisiens sont comme des fans de foot, en rang d'oignon, vivant le rythme imposé des ligues comme nous vivons au rythme des feuilletons médiatiques imposés, avec toujours la même panoplie du plouc inchangée depuis 1998, le même folklore répété comme étant la démonstration de la folie collective (la folie s'illustrant par le fait de tourner en rond justement). Les joueurs changent, des équipes apparaissent et disparaissent, mais au final, il ne reste que deux équipes importantes; tout est anecdotique, vain et sans intérêt; comme les paroles des éditorialistes.
Ils ne me font pas bander les intellos acteurs du feuilleton et il ne me fait pas bander du tout ce dispositif du plateau comme étant un lieu de débat. Mon oeil, c'est surtout du remplissage, à grand coup de rouleau avec du blanc toujours plus blanc pour continuer de soigner la ridicule moulure en plâtre qui prend l'eau.
Tout ça pour dire qu'à défaut de bander avec ce que j'écris, je dois trouver moyen de bander par la lecture, en allant tâter du mort. Je suis un nécrophile complètement assumé. C'est symptomatique du client face à l'industrie artistique et culturelle actuelle d'ailleurs, de devoir baiser des cadavres pour jouir; regardez la culture geek.
Ce n'est pas ma faute si je suis nécrophile, c'est la faute de la société.
C'est terrible, mais je n'arrive pas à m'intéresser à un auteur vivant, cela me paraît inconcevable. Cela me paraît très difficile et très délicat de pouvoir estimer l'oeuvre d'un auteur encore vivant, sauf que peut être s'il est arrivé à un âge pour lequel on peut déjà conclure que la grande majorité de son oeuvre sera derrière lui. Qu'est-ce qu'on peut dire d'un jeune auteur ? Qu'est-ce qu'on peut dire d'un auteur en dessous de 40 ans ? Qui n'a pas encore fait sa crise de la quarantaine, ni tenté de pécho une femme de 19 ans, ni être passé dans sa phase alcoolique où le mec fluctue entre discours censés et dérapages réactionnaires stupides ? Avec ma crise de la trentaine, je suis complètement à la ramasse au niveau de l'écriture ou de la création.
La fulgurance de la jeunesse est passée et impossible à relancer, car j'en sais trop pour redevenir "magnifique". Et je suis encore trop jeune pour écraser les pages blanches de successions de lourdeurs pour épater ces manants que sont les étudiants (qui reste quant à lui le pire des statuts que chaque individu devrait chercher à fuir au même titre que le statut d'intérimaire).
Alors je vais donc devoir faire subir au monde, une succession de conneries, comme vous pouvez le constater depuis que vous avez commencé à me lire en diagonale. La misère et le désarroi mes amis, je n'arrive plus à bander, ça touche un homme sur cinq car sans doute qu'un homme sur cinq est peut être vraiment un créatif et que les autres sont probablement dopés à Télérama et qu'ils ont l'abonnement ces bâtards.
J'ai pas envie de m'avouer foutu, même si rien de miraculeux ne m'attend pour le restant de mes jours. Même si je ne deviendrai jamais un type génial et que je suis condamné à être un sale type. Je revendique le droit d'être magnifique, ensuite le peloton est censé faire feu. Mais en attendant, je n'ai pas envie de mettre ce petit truc de côté, de me dire "tiens, et si la vie c'était l'accomplissement domestique ?", je n'ai pas envie d'être le con qui sera frustré parce que sans perspectives visibles, il n'aura rien fait. Même si je ne fais pas grand chose, essayer au moins de faire ma part. Parce que si je n'arrive plus à bander, j'ai encore l'envie. Ce qui reste formidable, c'est que cette envie ne meure pas. L'envie d'aller chercher ce trait. Il y a des gens, ils cherchent la phrase, ils cherchent la lumière, ils cherchent la tâche, ils cherchent le truc qui les préoccupe. Bon, moi c'est le trait, c'est peut être le dessin qui est l'activité qui me signifie le plus, tout au fond de mon être. Dans tout cet être pris dans son destin. Si j'avais une activité, ce serait le dessin. Le dessin pour aller où ? Nulle part ? Pour faire carrière ? Après ma mort. Et tu dessines souvent ? Pas toute l'année il faut bien l'avouer. Je fais plein de choses différentes, mais il est vrai que l'activité qui me déterminerait le plus en tant qu'être, est un peu mise de côté. Mon être aussi est mis de côté; de fait.

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