Je me suis mis de côté parce que cette vie est une succession d'événements et de non événements qui m'ont poussé à me mettre sur le côté; à l'isolement, au mitard social.
La première raison, ne serait pas de la faute à la société, incroyable mais vrai, ce serait du fait d'un très mauvais caractère.
On ne peut pas dire que je sois quelqu'un de méchant, encore que cela m'arrangerait qu'on le dise, mais quand j'essaie d'être méchant, ça ne fonctionne pas vraiment. Les gens finissent par se rendre compte que derrière cette mine froide, terrible comme une voie de garage, il y a un mec plutôt gentil. On me le confie en toute discrétion, à l'abri des autres protagonistes de la tribu : "_Mais tu es gentil en fait. _Oui, mais surtout ne le dis à personne".
J'ai par contre un très mauvais caractère, un caractère assez désagréable pour mes semblables, car je déteste la vie en groupe. Je déteste les interactions sociales de groupe. Je préfère la vie sociale en effectifs réduits, pour avoir de vraies conversations; même si elles ne mènent nulle part. Je ne vais jamais dans une boîte de nuit, et me rendre dans un bar ou un restaurant n'est agréable pour moi, que lorsqu'il y a peu de monde et que l'espace est exempt du brouhaha et des conversations pénibles des gens.
Je n'ai donc pas du tout cette culture du groupe, de l'équipe, de la camaraderie de troupe. Je n'ai pas du tout cette éducation là; je serais d'avantage plus proche du fils unique isolé dans ses mondes et qu'il ne faut surtout pas déranger. Loin de me comparer à lui, je me retrouve assez dans le sale caractère de Sartre enfant; vraiment pas le gosse à qui on fait faire n'importe quelle activité collective dans les écoles et camps de vacances.
De fait, je ne sais plus trop qui a commencé cette comédie, mais l'éducation nationale et les camps de vacances, ont grandement participé à forger cet isolement et ce mauvais caractère. Depuis enfant, j'ai toujours eu l'intuition de l'embrigadement et du conditionnement des têtes et de l'uniformisation par les effets de groupe, même si je ne pouvais pas les nommer et encore moins les concevoir correctement. Mais je voyais bien, avec mes deux petites billes marrons derrière mes grosses lunettes de petit merdeux, qu'il y avait tout de même quelque chose de pas net dans le fonctionnement de l'interraction sociale et de l'organisation des groupes. Et que Batman avait bien raison de vouloir rester seul, et qu'il devait bien y avoir une raison pour qu'un type aussi balèze choisisse la solitude.
Je ne pouvais donc pas faire de sport collectif, ou bien pas longtemps, je ne pouvais pas faire grand chose dans les camps de vacances, du moins pas sans m'emmerder et vous n'imaginez pas à quel point c'est compliqué pour quelqu'un comme moi de trouver du boulot ou de participer à des stages pôle emploi. J'envie les gens qui arrivent à feindre la bêtise, à faire comme s'ils ne voyaient pas l'arnaque dans ce genre d'organisation. Qui font oui de la tête quand on leur vend les bienfaits du collectif en se défendant bien de parler de la subordination hiérarchique, qu'ils le savent depuis l'enfance que les organisations collectives ne fonctionnent que grâce à un bouc émissaire; que c'est lui qui fait tout tenir. J'envie vraiment ces gens qui font comme si tout allait bien au travail ou dans le vestiaire. De mon côté, il m'est arrivé d'avoir été plus détesté que le bouc émissaire du groupe, car je ne signifiais jamais ma place au sein du groupe. Trop instable pour être le chef, trop violent pour être le bouc émissaire, trop prétentieux pour être un bon suiveur et encore moins un appui; je me voyais plutôt en dehors. De temps en temps, je remplaçais le bouc émissaire pour qu'il fasse une pause de temps en temps, mais même ce rôle là, je l'incarnais très mal.
Du coup, c'est très difficile de me vendre un projet collectif, même un projet utopique totalement déraisonnable et c'est très difficile de manoeuvre pour y faire ma place.
Je pourrais adhérer pendant des années à un collectif, faire partie des meubles et continuer à être un total étranger et de rester au stade zéro des rapports cordiaux. Quel groupe de gens voudrait d'un pion pareil ? Et lorsque je fais partie de la hiérarchie des groupes, je finis par causer des conflits et des scissions, car mon mauvais caractère pousse certains à vouloir me baiser la gueule. Alors là, c'est encore pire, car je m'implique enfin dans le groupe, je signifie ma place par une activité et patatra, quelqu'un estime que je vais trop loin, que je deviens trop gros, que je prends trop de place alors le groupe s'effondre.
Si bien que je ne peux concevoir ma vie en groupe, ma vie en collectivité, que dans un effondrement en devenir et prendre en compte cet effondrement qui vient. Ce qui dans un sens, me permet de ne pas perdre mon temps à porter un gilet jaune, mais me pousse plutôt à trouver des moyens pour anticiper l'après feuilleton.
Cet manie de s'isoler, de chercher à être autonome, à ne pas participer, à me méfier du collectif; il va falloir que je me rende à l'évidence : Je suis anarchiste.
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